Chevillé corps et âme au Mont

Lors de la réunion annuelle de fin septembre, Henry Decaëns nous a fait revivre les cinquante dernières années de l’histoire des Amis du Mont.

Henry et Christiane Decaëns
@ M.-P. Bouet

Le Mont pour Henry, c’est une longue et belle histoire. D’abord une histoire familiale. Tout jeune guide, c’est là qu’il emmène, dès leur première rencontre ou presque, celle qui deviendra son épouse, Christiane. C’est là aussi que tous deux se marient. S’il vous plaît, à Notre-Dame-sous-Terre ; troisième mariage en ce lieu en mille ans, le premier étant celui de Richard II de Normandie et de Judith de Bretagne. Rien que cela ! Et quand ils ont des enfants, où les emmènent-ils ? Et quand ils ont des petits-enfants, où les emmènent-ils ? Bien sûr, nous ne vous dirons pas que si dans une des photos montrées par Henry, l’on voit ses enfants tenant à deux mains une colonne du cloître tout en souriant aux anges, dans une autre, qu’Henry s’est bien gardé de nous montrer, on voit les mêmes enfants bâiller à s’en fendre la mâchoire.

Le Mont pour Henry, c’est aussi, en tant que secrétaire général puis président des Amis du Mont, une histoire de luttes : lutte contre le mauvais-goût, lutte contre ceux qui installent impunément et sans autorisation des bâtiments commerciaux, lutte contre ceux qui placent le départ de la nouvelle navette à une distance indécente des parkings, lutte contre ceux qui ont le projet de défigurer le cloître, etc. A chaque fois, via son président, l’association des Amis est là pour dire « Non ». « Non » lorsque les intérêts privés l’emportent sur l’intérêt général, « Non » lorsque le patrimoine est mis en danger.

Henri, l’enthousiaste
@ Thierry Nozieres

Le Mont pour Henry, c’est aussi la revue. Généreux et volontaire comme il l’est, alors qu’il n’était que simple adhérent, il propose de la prendre en main. Tout le monde est évidemment d’accord et applaudit mais c’est bel et bien Henry qui se retrouve face à une tâche colossale. Sous ses auspices, la page de couverture, à l’époque encore verte, se trouve bientôt illustrée d’une belle gravure de Viollet-le-Duc, puis des images viennent rompre la longue litanie des quarante pages d’écriture, puis le nombre de pages par numéro augmente, puis la couverture est en couleur, puis l’on passe à quatre numéros par un an, puis un nouvel imprimeur est trouvé.  Un travail de… bénédictin ! Et pourtant, ce n’est là que le sommet de l’iceberg.  Chaque année ou presque Henry enrichit le patrimoine du Mont d’un nouveau livre. Si le premier de ses ouvrages est boudé par le président de l’association de l’époque qui ne se fend même pas d’un mot de félicitations, les suivants sont reconnus par tous : Le Mont-Saint-Michel d’Antan ; Le Mont-Saint-Michel, treize siècles d’histoire ; Promenades au Mont-Saint-Michel ; Cent clés pour comprendre le Mont-Saint-Michel, etc., etc., etc. La qualité et le succès sont tels que plusieurs sont réédités et l’un d’entre eux est même traduit dans plus de dix langues.

Henry, la mémoire du Mont
@ Thierry Nozieres

Le Mont, enfin, pour Henry comme pour les Amis du Mont, ce sont des moments privilégiés. Le retour des bénédictins avec ce cardinal portant une magna capa rouge de plusieurs mètres de long et surtout cet instant unique où, dans l’abbatiale, un prêtre catholique, un pope orthodoxe et un iman musulman entonnent ensemble un Notre-Père. Et ces deux fois où Henry eut l’occasion de monter en haut des échafaudages qui couvraient la flèche de l’abbatiale et d’arriver au pied de l’archange, au-dessus de la Baie, aux portes du ciel. Et ce moment où il se retrouve nez à nez avec le président Macron et a la présence d’esprit de le faire rire avec une boutade sur les retraites. Une petite dernière ? Oui, elle est trop symbolique pour ne pas la rappeler. Freud doit d’ailleurs s’en frotter les mains. Henry, comme il n’en a pas beaucoup n’est-ce pas, part prendre des photos du Mont. Première erreur, diront les Normands, il décide d’aller du côté breton. Il s’aventure dans la Baie… et, comme dans les récits du XIXe siècle, le voilà qui s’enlise jusqu’au haut des cuisses. Impossible de s’en sortir. Un coup de téléphone à la référence des références, Christiane. L’hélicoptère. Une corde. Mais il l’aime tant son Mont, il l’aime tant sa Baie, qu’il reste accroché à la tangue comme une huître à son rocher. Finalement, après avoir cassé ses lunettes et son appareil-photo, après avoir été à moitié disloqué et écartelé, tout se termine bien, au bout d’un câble, à plus de 100 mètres de hauteur. Morale de l’histoire : Henry, un homme chevillé corps et âme au Mont ; un homme qui aspire à la profondeur ; un homme qui sait prendre de la hauteur. Merci Henry, mille fois merci pour cette belle rétrospective qui aide à prendre conscience qu’une belle association ce sont des valeurs, des combats, des idées, des œuvres, des projets mais aussi et surtout des hommes et des femmes de bonne volonté.