« Petite journée, aujourd’hui ! »
Si vous êtes complètement néophyte en organisation et en droit administratifs et que vous vous retrouvez face à un sous-préfet et à une chargée des politiques publiques en Baie, votre première impression est une sorte de vertige. Les sigles et concepts se mettent à voltiger autour de vous comme un insaisissable vol d’étourneaux : ERP, CRTE, ACV, PVD, VA sans oublier, bien sûr, le DETR et le DSIL… D’ailleurs, où en sommes-nous avec le CDPENAF ? Heureusement, si vous avez la chance d’être face aux patients pédagogues que sont Pierre Chauleur et Nathalie Mallet, peu à peu la brume se dissipe et un beau paysage se dessine, celui du Mont Saint-Michel.
L’origine du mot préfet, nous dit l’ami Wikipedia, est le terme latin praefectus signifiant « placé en tête ». En toute cohérence, dans l’Antiquité, le terme désignait les chefs militaires. En France, c’est Napoléon Bonaparte, alors premier consul, qui, en 1800, créa cette fonction. Devenu empereur, il poursuivit son œuvre en instituant par le décret du 6 avril 1811 un sous-préfet dans chaque arrondissement. Evidemment, au fil du temps, les fonctions de ce dernier n’ont cessé de se modifier et les résumer en une ou deux pages serait mission impossible. Tentons, en revanche, avec Pierre Chauleur, le sous-préfet d’Avranches, et Nathalie Mallet, sa précieuse chargée des politiques publiques en Baie, de déterminer les rôles du préfet sur un site aussi exceptionnel et atypique que celui du Mont Saint-Michel.
Commençons par les missions régaliennes de Pierre Chauleur. Celles de la sécurité et de la gestion de crise sont cruciales. Dans un tel lieu, tout est possible et… tout est prévu : risques d’incendies, risques de mouvements de foules, risque d’attentats, de tremblement de terre, de tsunami, « d’attaque de martiens ». Pour s’adapter aux évolutions de la situation et des périls, tous les mois est organisée une réunion de sécurité Mont Saint Michel et, en quelques minutes, peuvent intervenir sur place les policiers municipaux du Mont, la brigade de gendarmerie de la Baie ainsi que la communauté de brigades de Pontorson et la compagnie d’Avranches. A cela, l’été ou durant les congés, s’ajoutent la Force Sentinelle, des policiers étrangers (par exemple irlandais et espagnol) et même des représentants de la Garde Républicaine. Les missions régaliennes d’un sous-préfet ne se limitent cependant pas à la sécurité. Le sous-préfet a aussi la charge du bon déroulement des élections municipales en lien avec la Préfecture, du contrôle de légalité des actes des communes, des contrôles budgétaires ou de la bonne tenue des commissions de sécurité.


Le deuxième grand poste du sous-préfet pourrait être intitulé : « Missions politiques publiques ». Sa déclinaison aurait de quoi faire pâlir de jalousie le roi des inventaires farfelus qu’était Jacques Prévert : écologie, énergie, mobilité, agriculture, alimentation, emploi, entreprise, jeunesse et sport, cohésion sociale, pauvreté, urbanisme, santé, espaces France services, etc. Autrement dit, Pierre Chauleur, à huit heures du matin, travaille sur les restrictions de l’usage de l’eau dans le Sud Manche quand la nappe phréatique a trop baissé ; à neuf heures, il œuvre sur les établissements recevant du public dont font partie par exemple les établissements du Groupe Poulard ; à dix heures, il relit puis envoie telle ou telle demande à tel ou tel service instructeur, surtout la direction départementale des territoires et de la mer ; à onze heures, il reçoit les représentants d’une nouvelle association ; à douze heures, il est en visioconférence avec la préfecture de Saint-Lô ; à treize, il échange au téléphone avec le président de la communauté d’agglomération du Mont Saint-Michel sur des projets du territoire. A chaque fois, les maîtres-mots sont les mêmes : accompagner, cofinancer…

C’est que le troisième lot de missions d’un sous-préfet, c’est l’ingénierie et les dotations. En allant un peu vite, on pourrait dire que notre sous-préfet est une sorte de banquier de l’Etat disposant, via trois fonds, d’une enveloppe de presque 6 à 7 millions d’euros à répartir intelligemment sur son territoire de 134 communes en fonction tant de leurs besoins réels que des inflexions politiques données par l’Etat. Concrètement parlant, le Mont Saint-Michel a ainsi été aidé il y a quelques années pour enfouir son réseau intra-muros, pour rénover les murs de son cimetière et mettre en place un centre de supervision urbaine.

Mais reprenons la journée de Pierre Chauleur. Nous voici arrivés à 14h. Cette fois, Monsieur le sous-préfet s’occupe du Loup dont il est le référent départemental. Effectivement, un loup a traversé le département de la Manche en 2023 et, début 2025, on en a revu un baguenauder gaiement en baie du Mont Saint Michel. On le comprend : les agneaux prés-salés sont si bons dans la Manche !
15h, réunion à Avranches pour se consacrer à la lutte contre l’artificialisation des terres agricoles. La loi d’Avenir pour l’Agriculture, l’Agroalimentaire et la Forêt du 13 octobre 2014, il faut bien la faire appliquer.
16h, Monsieur le sous-préfet travaille avec Nathalie Mallet sur l’élaboration du plan de gestion Unesco du Mont Saint Michel et de sa Baie. Dans la foulée, il s’attelle avec le secrétaire général de la sous-préfecture au dossier « Guides attestés de la Baie du Mont ».

18h, échange par SMS avec Thomas Velter, l’administrateur de l’Epic, puis échange au téléphone avec des élus sur le projet de Schéma de Cohérence Territoriale, piloté par Gaétan Lambert, le président du pôle d’équilibre territorial et rural.
19 h… Un peu trop tôt pour s’arrêter. Encore une petite heure de travail… Il faut dire qu’un point sur les missions ressources et accueil s’impose. Voyons, voyons… Le soutien logistique, la mobilité, le soutien résidence, les points d’accès numériques, le service cartes grises…
Enfin ! l’heure de la pause. Pour prendre un peu l’air, un tour sur la place Becket. Ah ! ce panorama. Il est si beau. Le Mont, d’une certaine façon, Pierre l’a dans le sang. Quand il était enfant et qu’il faisait avec ses parents le trajet Paris – Erquy, c’était un arrêt obligatoire pour la famille Chauleur. N’oublions pas que son père, un inspecteur général de la Construction au Conseil général des Ponts et Chaussées, travailla dans les années 1994-1995 sur le rétablissement maritime d’un certain… Mont Saint-Michel. Retour à la maison.

Repas en famille. Un fauteuil et, pour se détendre, un bon livre d’Histoire : de préférence l’Antiquité ou Napoléon mais aussi les vieilles chroniques chinoises ou japonaises, avec tout de même un petit faible pour les rois de France. Les dates du règne de Louis VI le Gros, Pierre les connaît par cœur. Là aussi, génétique et culture familiales n’y sont peut-être pas pour rien. Pierre est le fils d’une certaine Andrée Chauleur, élève de l’école des Chartes, paléographe renommée, conservatrice générale, cheffe des archives du ministère de la Justice, puis cheffe du minutier central des notaires de Paris. Pas mal, pas mal, mais, elle, contrairement à son fils, n’en est pas à son quatorzième poste, elle n’a pas fait ses études à Assas, n’a pas été juriste de droit privé, n’a pas travaillé à la Direction Générale de l’Administration et de la Fonction Publique, le saint des saints des fonctionnaires des trois fonctions publiques où sont écrits textes, projets de lois et circulaires, n’est pas passée par l’ENA, n’a pas collaboré en direct avec Elisabeth Borne, n’a fréquenté ni la sous-préfecture de Loches ni celle de Châteaubriant-Ancenis et, surtout, elle n’a jamais eu la chance de pouvoir se coucher en apercevant tous les jours de la fenêtre de son domicile… le Mont Saint-Michel.
Dring, dring… Six heures du matin…