La destinée…

Devinette : quel point commun y a-t-il entre la notion de flux, des consignes à deux euros, les parkings du Mont, des tours Eiffel, l’Unesco, l’écrivain La Rochefoucauld, le parc naturel du Vexin français, Fort Boyard et la Transat Belle-Île Marie-Galante ?

Le sujet d’un nouveau road-movie ? Perdu. Le rédacteur de cet article qui commence à ne plus aller très bien ? Peut-être… La table des matières d’un ouvrage surréaliste ? Encore perdu. Allez, allez, un petit effort… Vous donnez votre langue au chat ? Le point commun entre tous ces éléments est l’actuel directeur du développement et de l’accueil des publics de l’Etablissement Public : Hervé Bierjon.

La notion de flux, les consignes, les parkings, les tours Eiffel, l’Unesco ? Etre directeur du développement, c’est… développer. Décidément, très fort le rédacteur de cet article. C’est développer la satisfaction des visiteurs, c’est leur permettre de vivre une expérience réussie et cela, qu’ils viennent de Pontorson ou de Séoul. Or rappelez-vous votre dernier passage un mois de juillet au Mont, cette impression d’être une sardine dans une boîte de deux centimètres carrés, un coup de coude à droite, quelqu’un qui vous pousse par derrière et manque de vous faire tomber dans une vitrine de Tours Eiffel made in China ou de boules à neige synthétiques, l’impossibilité d’avancer, la chaleur de plus en plus insupportable et, au pied du guichet de l’abbaye, une foule de deux kilomètres qui trépigne… Si en plus, vous avez sur le dos un sac ou à la main une valise, pas très réussie comme expérience !

Mais voilà, maintenant, il y a Hervé. Le sac à dos, la valise, on les dépose dans la consigne du Centre d’Information Touristique. Les billets pour l’abbaye, on les achète dans le même lieu ou en ligne. L’offre, on la diversifie, on la fait monter en qualité grâce à la Tour Boucle et au magasin du Centre d’Information Touristique que l’on approvisionne de produits du terroir fabriqués à 80% en Bretagne et en Normandie. La foule, on la gère en jouant sur la chaîne d’accueil des visiteurs. On contacte les hébergeurs et on les invite à suggérer aux touristes qu’ils reçoivent de ne venir au Mont qu’après 15h30. On se met en lien avec les agences de voyage, les autocaristes et on les oriente vers telle ou telle période moins chargée. Pour fluidifier la marée humaine, on fait se coordonner l’Etablissement Public, le Centre des Monuments Nationaux, Keolis (la filiale de la SNCF qui exploite le parking et les navettes), la Mairie du Mont, les hôteliers et restaurateurs, etc. On n’oublie pas non plus la Baie et le Bocage en incitant les touristes à visiter les cascades de Mortain, le Scriptorial d’Avranches, etc.

Hervé Bierjon n’a cependant pas que la satisfaction des visiteurs à développer. Pour que l’Etablissement Public ne dépende pas des humeurs du jour de tel ou tel bon prince, il lui faut développer des ressources propres. C’est là que les parkings entrent en jeu. « Trop chers », « Prohibitifs », « Ils se sucrent sur notre dos », « Les gens du coin ne viennent plus »…, Que n’entend-on pas sur ces fameux parkings ! Trop de personnes en sont restées aux prix d’il y a quatre ou cinq ans. Pas assez savent qu’il est possible d’avoir un billet annuel à 36,5 euros permettant de venir autant de fois qu’on le veut, quand on le veut. « Ce ticket de parking, explique Hervé Bierjon, est tout sauf un ticket de parking ». C’est une contribution partagée qui sert à préserver le site, à le sauvegarder pour les générations futures. Si le billet est plus cher à certaines périodes, c’est pour mieux répartir le flux, c’est pour inciter ceux qui le peuvent à venir à un autre moment, c’est aussi et surtout parce que plus il y a de monde, plus les frais augmentent. Il y a plus de détritus à ramasser, plus de frais de maintenance des sanitaires, plus de navettes, plus d’espaces verts ayant besoin d’être entretenus.

Mais alors, l’Unesco ? Hervé Bierjon est chargé de son plan de gestion. Certes, le Mont a été inscrit deux fois au patrimoine mondial mais un tel honneur se mérite et n’est pas pérenne. Une nouvelle feuille de route vient d’être rédigée, Hervé est chargé de son suivi et de sa mise en œuvre.

D’accord, d’accord mais avouez que le rapport avec la Rochefoucauld, le parc naturel du Vexin français, Fort Boyard et la Transat Belle-Île Marie-Galante est loin d’être limpide. Hervé Bierjon aurait-il le projet secret de transplanter le parc du Vexin dans la Baie et d’emmener en catamaran le regretté La Rochefoucauld dans une des cryptes de l’abbatiale ? Certes, si l’on en croit ce dernier, « Sans un grain de folie, il n’est pas d’homme raisonnable » mais…

La résolution de l’énigme tient au fait qu’avant de travailler à l’Etablissement Public, Hervé Bierjon a eu une autre vie. Né à Montluçon, jeté encore bleu dans la frétillante marmite du Tourisme, il en est sorti, à point, directeur adjoint du comité touristique départemental du Val d’Oise. En tant que tel, il fut chargé du pilotage de l’ouverture au public du château de la Roche-Guyon, château qui fut jadis celui de… La Rochefoucauld, un site remarquable par son souterrain creusé dans la craie et menant à un donjon situé plusieurs dizaines de mètres plus haut. Un village, un chemin escarpé, un édifice au sommet d’un monticule, tiens, tiens…

Durant cette même période, s’arcboutant ferme contre une pression immobilière folle, luttant contre vents et marées, Hervé a participé à la création du parc régional du Vexin français. Préservation de l’environnement naturel, sauvegarde du patrimoine, tiens, tiens…

Le Val d’Oise, c’est pas mal mais, il faut bien l’avouer, il manque un petit quelque chose… La mer ! Alors, Hervé fait ses bagages, grimpe dans un bateau et le voilà directeur de l’office du tourisme de Belle-Île en mer et en tant que tel, il se retrouve président du comité d’organisation de… la transat de bateaux à voile Belle-Île Marie-Galante. En 2010, une autre côte, cependant, appelle Hervé, celle de Rochefort, dans les Charentes, où en tant que Directeur de Tourisme de la communauté d’agglomération, il se retrouve entre autres en charge de… Fort Boyard.

Récapitulons : du tourisme, un village, un chemin escarpé avec tout en haut un édifice se dressant fièrement dans le ciel, un environnement naturel, une île, une belle île, une forteresse au milieu de la mer… Ananké, fatum, fatalité… Hervé n’avait pas d’autres choix que d’arriver au Mont. Certes, il a essayé de s’accrocher des quatre fers à la tête de l’office du Tourisme Mont Saint-Michel Normandie. Pendant six ans, plantant ses pieds dans le sol des bureaux d’Avranches, il a résisté corps et âme mais que peuvent les pauvres mortels face à l’appel du grand Michel ? De peur de se réveiller un beau matin avec un trou dans le crâne, envoûté par le terrible Thomas Velter, il a fini par succomber et a rejoint la longue cohorte des prisonniers à vie du Mont… « Si nous résistons à nos passions, c’est plus par faiblesse que par notre force », peut-il tenter de se consoler.