Le prieuré de l’Oiselière

Après une sortie ornithologique, nous ne pouvions nous rendre qu’au prieuré de… l’Oiselière !

Ce prieuré, situé à Saint-Planchers, près de Granville, a longtemps servi « de maison de repos pour les religieux du Mont, avant de devenir, au XVIe siècle, une somptueuse résidence de plaisance pour leurs abbés. Tout l’appareil défensif du premier manoir fortifié a pratiquement disparu : évanoui le plan d’eau ; comblés en partie, les fossés ; l’enceinte, aux murs étayés de contreforts, est toute coupée de brèches ; seul, le double porche cintré donne toujours accès dans la vaste cour intérieure » (Michel Delalonde, « Le Prieuré de l’Oiselière », Les Amis du Mont-Saint-Michel, 1988, n° 93, p. 55).

Quelques dates

– 1022 : le Duc Richard II donne au Mont l’abbaye de Saint-Pair : « Différents écrits sur l’histoire locale considèrent que l’Oiselière ferait partie des dépendances de cette abbaye ».

– 1391 : autorisation de Pierre Le Roy d’adjoindre au premier bâtiment une chapelle.

– Le 8/11/1442 : les Français, avec à leur tête Jean d’Estouville, reprennent Granville ; comme depuis 1417 « L’Oiselerie » était devenue anglaise, dans la foulée, ils incendient, pillent et détruisent une partie du site.

– 1509 : Guillaume de Lamps entreprend de grands travaux qui seront terminés par son frère Jean de Lamps. Si l’on en croit dom Le Roy, Guillaume « y avoit faict merveilles » et Jean, « luy, y fit faire miracles » (ibid.).

– 1587 : Arthur de Cossé-Brissac, le quarantième abbé du Mont, y meurt après y avoir fini ses jours. Il n’osait plus, dit-on, se présenter devant les moines car pour payer des impôts à Charles IX, il avait vendu une belle crosse, un calice d’or, plusieurs vases de prix ainsi que quelques terres appartenant au Mont. Non seulement un prieur le gifla, non seulement on le vit « promené ignominieusement dans les rues de Saint-Lô, monté à rebours sur un âne » (ibid.)  mais la communauté ne lui pardonna jamais d’avoir vendu le trésor de l’abbaye.

– « [D]ès le milieu du siècle suivant, sans même avoir subi l’assaut des protestants pendant les guerres de Religion, le splendide logis commence à tomber en ruines ; l’abbaye du Mont-Saint-Michel est passée sous la coupe d’abbés commendataires dont le souci majeur reste d’encaisser les revenus de la mense abbatiale sans s’occuper des plus élémentaires travaux d’entretien des bâtiments » (ibid.).

– 1766 : est dessiné un plan de l’Oiselière.

– « Au fil du temps, les bâtiments servent de matériaux de construction aux habitants des alentours ».

– 1878 : l’abbé Lecanu constate l’importante dégradation des lieux et la quasi-disparition de l’appareil défensif. Dans la chapelle, un lit occupe la place de l’autel.

– 27/10/1989 : inscription au titre des monuments historiques et début de la restauration. « Le corps actuel du bâtiment de ferme se perce au midi d’une belle fenêtre de granit trilobée qu’encadrent un léopard et une salamandre, discret vestige de la chapelle du début du XIVe siècle, dont on retrouve, à l’intérieur, l’emplacement de l’autel, une crédence et d’anciens pavés. Plus digne d’attention, se montre le curieux colombier de granit, de schiste et de poudingue pourpré, armé de contreforts » (ibid., p. 56).

Patrick Bailleul

@ Patrick Bailleul

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