L’église de Saint-Jean-le-Thomas
Patrick, soucieux de notre bonne santé physique, continue à nous promener sur le territoire montois. Cette fois, il a choisi de s’arrêter à Saint-Jean-le-Thomas pour nous faire découvrir l’église Saint-Jean-Baptiste.

L’église de Saint-Jean-Le-Thomas est probablement un des plus anciens édifices religieux de la Manche. Les premières traces écrites remontent à un don de Guillaume Longue Épée (fils de Rollon et Popa de Bayeux) en 917. Cette donation aux moines du Mont-Saint-Michel est confirmée par Robert Ier de Normandie, dit le Magnifique, père de Guillaume le Conquérant, au XIe siècle. A cette époque, le village s’appelle Saint-Jean-au-bout-de-la-mer. L’appellation Saint-Jean-Le-Thomas fait référence au seigneur et baron Thomas (fils de Raoul, compagnon du Conquérant tué à Hastings) qui se convertit en 1121 et fait de nombreux dons aux moines du Mont. Il est très probable qu’il contribue à la construction de l’église.
Pour rappel, celle-ci est érigée sur le chemin dit de Piémont qui relie le littoral à l’arrière-pays. Les plus anciennes pêcheries du lieu sont datées de l’âge du bronze. L’implantation du village est estimée au Ier siècle avant Jésus-Christ. La première construction serait des débuts du christianisme à l’époque gallo-romaine, au IVe siècle.
Construit sur les restes de la construction gallo-romaine, le chœur actuel, orienté est-ouest, est daté de l’époque carolingienne et Yves-Marie FROIDEVAUX souligne des similitudes avec Notre-Dame-Sous-Terre. C’est Froidevaux qui commence une étude en 1967 pour l’inscription du site aux monuments historiques et entreprend sa restauration et sa restitution de 1974 à 1979.

L’édifice va subir de nombreuses modifications aux XVIe et XVIIe siècles. À la fin du XIXe siècle, le clocher en bâtière menace de s’effondrer et il est remplacé en 1896 par une tour carrée (initialement prévue pour être surmontée d’une flèche (projet abandonné).
En 2017, l’architecte Arnaud PAQUIN a réalisé un diagnostic chronologique du bâtiment.

Fort de ce travail, explorons donc l’église époque par époque. Commençons par la période antérieure au IXe siècle.
La période pré-romane.
Le chœur, rectangulaire de construction à petit appareil cubique et arcs en briques plates, est d’époque carolingienne (VIIIe-IXe siècles).

Mur nord

Mur sud
Le mur nord est construit comme un mur de soutènement. Il existe des petites fenêtres et deux baies probablement d’époque romane. Au niveau du mur sud, une porte murée.

Chœur mur sud

Chœur mur nord
Au niveau du mur sud extérieur, maçonnerie en opus reticulatum et en opus spicatum au niveau de l’ancienne porte murée et une réparation assez grossière. On retrouve sur le mur nord l’opus reticulatum.

On a évoqué la construction du chœur puis de la nef. On pense actuellement que l’église a été construite en un seul temps avec un rétrécissement volontaire pour marquer la séparation entre espace liturgique et sanctuaire.
Époques romane et gothique (XIIe – XVe siècle)
L’allongement de la nef entraîne la fermeture du premier portail et l’ouverture d’un nouveau portail décalé vers l’ouest. A la fin des années 1970, l’Abbé PORÉE découvre des fresques au niveau du mur sud, au-dessus de l’ancien porche et entre l’ancien et le nouveau porche.


Elles sont datées du début du XIe et du début du XIIe siècle.
Initialement interprétées comme représentant le combat de l’ange et de Jacob, elles sont identifiées par Véronique LEGOUX qui en assure la restauration en 2020 comme étant le combat d’Abel (manteau rouge) et de Caïn et le meurtre d’Abel par Caïn avec une pelle sous le regard de Dieu.
Devant le nouveau portail roman en plein cintre et construit au XVe, un porche voûté en berceau brisé. Une statue de Vierge de pitié datée du XV-XVIe est au sommet du portail roman.

Portail roman

Pieta

Porche XVe

Pignon oriental
Au niveau du pignon oriental entièrement reconstruit et greffé sur les murs pré-romans, une baie de chevet sera bouchée au XXe avec le recul du retable.
Époque classique (XVIIe-XVIIIe siècles)
Une large baie est ouverte dans le pignon sud pour éclairer la nef selon le rite tridentin. Elle est percée à travers le contrefort axial et entraîne la fermeture des trois baies du XIIe siècle.

Pignon occidental

Chapelle sud
Au XVIIe, ajout d’une chapelle occidentale au sud de la nef surmontée d’un clocher en bâtière.

Fonts baptismaux en granite à deux cuves fermées (XVIIe).

Le chœur avec le retable du XVIIIe siècle (restaurations XIXe et XXe). Le Christ en croix au centre du retable était initialement suspendu à la poutre de gloire. L’autel actuellement utilisé est l’ancien bureau de Charles KULA (un entrepreneur parisien qui fut un grand mécène de Saint-Jean-Le-Thomas).
XIXe siècle
Profonds remaniements de la chapelle sud et construction d’un nouveau clocher à partir du premier étage de l’ancien qui menaçait de s’effondrer. Des contreforts ont renforcé la chapelle.

Clocher 1896-97
XXe siècle
Comme évoqué plus haut, très importants travaux d’Yves-Marie FROIDEVAUX, intérieurs et extérieurs. La baie du pignon occidental est supprimée avec restitution des trois baies romanes et du contrefort.

Pignon occidental restitué

La nef
Dans les années 70, l’architecte en chef M. TRAVERSE refait la voûte lambrissée après reculement du maître-autel et fermeture de la baie de chevet. Réouverture des fenestrelles à faux claveaux au-dessus de l’ancien portail.
Patrick Bailleul