A la santé des Amis du Mont
Commençons l’année scolaire par un bien bon souvenir, le pique-nique des Amis du Mont, le dernier samedi de juin.

Un petit verre de Prosecco, sur la Tour Basse
Une heure avant le rendez-vous, panique à bord : du vent, de la pluie, de l’orage… Faut-il annuler ? Faut-il se rapatrier comme prévu au Prêche de Pontorson ? 19h… Beau soleil. Parfait pour pique-niquer sur la jetée et ce d’autant plus que la mer est là.

Pique-nique dans un lieu de rêve
© Nicolas Poteau


Et en musique s’il vous plaît…
© Nicolas Poteau
Après la séance de bronzage, déambulation dans le Mont avec, à chaque étape, un peu de musique et des textes interprétés par des amis des Amis du Mont, acteurs de plusieurs troupes locales.

© Nicolas Poteau
Au programme, un extrait plein d’humour d’Alphonse Allais, un passage déchirant du Prisonnier du Mont Saint-Michel d’Amédée Boudin (1848) et des descriptions aussi pittoresques que partiales comparant Normands et Bretons par un certain François-Gilles-Pierre Manet (De l’état ancien et de l’état actuel de la baie du Mont-Saint-Michel et de Cancale, des marais de Dol et de Châteauneuf et en général de tous les environs de Saint-Malo et de Saint-Servan, depuis le cap Fréhel jusqu’à Grandville, 1829) :
« Chez le Normand, pris dans l’état de tranquillité et de repos, c’est communément une figure plus régulièrement dessinée, un contour de membre moins épais, une attitude qui répond davantage à la dignité de la nature humaine, un œil vif et gai, au travers duquel perce un rayon du feu qui l’anime ; un sourire qui annonce de l’esprit, et même quelque malice ; un ton de voix plus aigu, qui donne presque à tous les mots terminés en oi le son d’ai, comme mai, tai, sai, fai, pour moi, toi, soi, foi, au lieu que son voisin leur donne celui de l’a, comme ma, ta, sa, fa ; une mise et une demeure un peu plus soignées ; enfin plus de prévenances, de civilités et d’attentions, dans ses petites relations sociales, lorsqu’il a surtout à traiter avec quelque personne supérieure. – Chez le Breton, au contraire, c’est presque toujours une face carrée ou des joues rondes, avec l’os de la pommette élevé ; le front un peu bossu, et le nez court et large ; une corpulence matérielle, une démarche lourde ; un pouls qui est bien loin de faire 80 pulsations par minute ; un organe rude ; un ensemble sans enjouement. – Chez l’un et chez l’autre, les passions offrent à peu près les mêmes symptômes caractéristiques, excepté que le premier se montre peut-être plus taquin dans le cours ordinaire de la vie, et le second plus querelleur et plus ivrogne au cabaret »

© Nicolas Poteau
« O vous le frère de mon père,
Dit-elle au prieur prosterné,
Que maudite soit la prière
Que vous chantez au sanctuaire,
Quand périt un infortuné !
Ecoutez le bruit des tempêtes
L’éclat de la foudre et des vents
Que la mort tombe sur vos têtes
Vous qui priez pour des squelettes
Quand il faut sauver les vivants
Son vaisseau battu par l’orage
Va sombrer à côté du port ;
Oh, par pitié, sur le rivage
Volez ! Oubliez mon outrage :
Je vis, et peut-être il est mort !
[…]
Oh, venez, » Et sa voix supplie
Mais un moine dit froidement :
« Malheur à cette femme impie !
Il faut qu’un blasphème s’expie
Le ciel lui garde un châtiment »
Et l’hymne des morts recommence,
Comme un présage de malheur :
Désespérée, Yseult s’élance :
Son âme, en proie à la démence,
N’a pour guide que sa douleur
[…]
Mais quel est ce bruit ?… La rafale
A cessé ; l’air est calme et doux ;
Et pourtant de la mer s’exhale
Une clameur sombre, infernale
Comme un implacable courroux.
[…]
Et lui, sauvé de la tourmente
Et lui qui vainquit l’ouragan,
Va sous les yeux de son amante
Sombrer dans la grève écumante
Qu’envahit déjà l’océan !
La terreur lui prête son aile,
Il vole, il touche presque au port ;
Sur ses pas l’onde s’amoncelle
Yseult le voit, pâlit, chancelle..
Est-il sauvé ?… Non, il est mort
Et soudain une forme d’ange,
Comme un éclair glissa du ciel ;
On entendit un bruit étrange,
Et l’on se disait : c’est l’archange
Qui s’enfuit du Mont Saint Michel.
[…]
Lorsque le flux quitta la plage
Le corps d’Yseult, inanimé
Était gisant sur le rivage,
A côté de la froide image
De celui qu’elle avait aimé
[…]
Un moine écrivit leur histoire
Sur les marges de son missel,
Et l’on bâtit à leur mémoire
Une chapelle expiatoire
Au penchant du Mont saint Michel.

© Paolo Callegari

© Paolo Callegari
Et connaissez-vous L’Enfant sublime de Jean-François Arnould, un roman de 1841 dans lequel on découvre deux jeunes hommes qui séjournent au Mont.
« Pour se consoler, Emile, en rentrant à l’auberge, prit un de ses violons, le monta en quinte, et me proposa de faire la basse des variations de l’Art de l’Archet de Tartini. Mais aux premiers accords le commissaire de police et deux gendarmes accoururent et nous signifièrent de cesser. La musique aurait pu distraire un instant les prisonniers, et ils ne devaient entendre d’autre bruit que celui des verrous, des flots et du vent. Peu s’en fallut qu’on ne nous enfermât sur-le-champ comme suspects. Le commissaire de police ne pouvait comprendre, et son étonnement, du reste, était assez légitime, qu’on vint tout exprès de Paris au Mont-Saint-Michel pour jouer du violon. Cela cachait, à son sens, un complot contre la sûreté de l’Etat, et il nous dit avec un air goguenard : – Allez donner un concert aux lapins de Tombelaine, rien ne vous en empêche.
Je le pris au mot, et, profitant de la marée basse, nous nous fîmes conduire par notre guide de la veille au rocher situé à une demi-lieue au nord du Mont-Saint-Michel. […]
Nous nous assîmes sur une pointe de rocher, et par un temps calme, sous un soleil aussi beau qu’on peut l’espérer dans cette solitude, nous commençâmes notre concert, Emile, s’escrimant de son mieux, ajoutant selon son habitude des difficultés effroyables aux difficultés du texte ; moi, raclant en sous ordre et modestement fa, fa, mi, ut, fa, fa, ut, etc. basso
continuo, sempre piano. C’était d’un grotesque achevé : mais mon compagnon prenait le concert au sérieux et jouait intrépidement pour nos nombreux auditeurs, qui n’étaient autres que les lapins dont le commissaire de police nous avait parlé, et qui se montraient beaucoup plus sensibles aux charmes de la musique que les gendarmes et les habitants du Mont. D’abord la sérénade les avait effarouchés : peu à peu ils reparurent, et devinant nos intentions pacifiques, ils se mirent à brouter, à courir, à sauter aux sons des instruments, à nous regarder les oreilles droites. »

© Chat GPT

© Nicolas Poteau

© Paolo Callegari

© Paolo Callegari
Amis du Mont, amis acteurs, amies musiciennes, MERCI pour le bon moment passé ensemble !
Et si l’on remettait cela l’an prochain…
Et si vous réserviez dès aujourd’hui votre soirée du 26 juin 2027 !