L’homme-orchestre
Nous sommes allés voir Aymeric Chauchat, le directeur général adjoint de l’Etablissement Public du Mont, le bras droit, l’épaule, le deuxième cerveau, sur lesquels s’appuie Thomas Velter.

Ses missions ont de quoi donner le tournis et leur simple lecture rendrait migraineux le plus solide des crânes et cardiaque le plus serein des Tibétains : responsable de l’administration, des finances et des ressources-humaines de l’Etablissement Public ; en charge, en binôme avec Thomas Velter, de la mise en place de l’Etablissement Public, de sa gouvernance, du projet institutionnel et de sa vision prospective pluriannuelle ; maître du plan d’investissement, des contrats d’objectifs et de performance avec les tutelles ministérielles ; manager des équipes autour des grands projets, etc.
Quant à son C.V… Jugez par vous-même. Après Sciences Po Lille et l’Ecole des hautes-études en santé publique de Rennes, le voilà directeur du budget dans un Centre Hospitalier Universitaire de Lille ayant à gérer non seulement la modique somme de… un milliard d’euros mais, encore, tâche bien plus difficile, un aréopage de pontifes ayant des egos à faire pâlir de jalousie Narcisse en personne. Belle formation humaine ! Cinq ans plus tard, cette fois, c’est directeur général de l’hôpital Louis-Mourier de Colombes dans les Hauts-de-Seine que devient Aymeric, avec une maternité de niveau III et un des plus gros centres d’urgence de la région.
Mais alors, Aymeric Chauchat, un crâne d’œuf, un robocop de l’administration, un haut-fonctionnaire enfermé dans sa tour d’ivoire ? Et comment arrive-t-on d’un des plus gros hôpitaux de la région parisienne au Mont Saint-Michel ? C’est que toute médaille a deux faces et que l’itinéraire d’Aymeric Chauchat réserve bien des surprises.
Tout d’abord, il ne faudrait pas oublier qu’avant Sciences Po, Aymeric a commencé par une licence d’histoire et, surtout, que, collégien dans un établissement jésuite, il faisait partie d’une maîtrise de petits chanteurs, ce qui l’a amené par la suite au chant lyrique. Elève de Nobuko Takahashi, ancienne cantatrice à l’Opéra de Vienne, le ténor qu’il est a interprété des opérettes tant d’Emmanuel Chabrier que d’André Messager. L’Etoile et Ciboulette n’ont aucun secret pour lui. Et lorsqu’il était directeur d’hôpital, un de ses meilleurs souvenirs est d’avoir fait venir dans le cadre du projet culturel de l’établissement l’« Opérabus » pour ses patients.
Sans surprise, quand est venue l’heure de choisir un nouveau poste de direction, Aymeric a quitté l’hôpital pour devenir administrateur général de l’Opéra de Marseille, un des premiers opéras du pays pour son répertoire lyrique français et italien des XIXe et XXe siècles, le théâtre par excellence de l’opérette, ce genre qu’apprécie tant Aymeric, car il mêle à la fois l’artistique et le populaire…
Et encore maintenant, à ses moments perdus (on se demande où il les trouve !), outre sa participation à l’association des Amis de Marcel Proust et son intérêt pour la légende arthurienne, Aymeric est directeur artistique et producteur musical. Il cherche à remettre en valeur un poète et mémorialiste méconnu, Maurice Trubert (1857-1922), qui a habité un temps la maison jadis occupée par la grand-mère d’Aymeric. Diplomate de métier, grand voyageur, Maurice Trubert a non seulement écrit dans sa jeunesse des poèmes mais il les a mis en musique. Aymeric, qui a créé et préside L’Association des Amis de Maurice Trubert, s’est lancé le défi de faire interpréter par des professionnels et d’enregistrer les mélodies en question. Ce qui ne l’empêche pas pour autant d’organiser de temps à autre des expositions photographiques et des séminaires avec tables rondes et moments musicaux sur ce même auteur.
On comprend que lorsqu’après avoir quitté l’Opéra de Marseille et être retourné à la Direction des Hôpitaux de Paris pour aider à gérer la crise de la Covid en recrutant 7000 personnes en trois semaines, Aymeric a tout de suite répondu positivement à la petite annonce d’un certain Thomas Velter : « Ç’a été un coup de cœur. J’ai dit oui. J’ai réfléchi après. » Organisation, planification, service de l’autre, envie de faire découvrir, culture patrimoniale, désir de faire rimer le mot « art » avec le mot « populaire », le Mont Saint-Michel réunit à « Merveille » les deux faces d’Aymeric et l’on comprend qu’il s’y sente heureux « comme un poisson dans l’eau ».
Et ce d’autant plus, explique-t-il, que travailler avec Thomas Velter est un plaisir et que vient d’être signé avec David Nicolas, le président de la communauté d’agglomération Mont Saint-Michel – Normandie, un formidable projet élargissant l’offre culturelle du Mont à l’ensemble de la Baie, premier pas vers le Mont idéal d’Aymeric : un Mont ayant une gestion unifiée, un Mont s’appuyant sur un collectif représentant toutes les composantes de la société civile et institutionnelle, un Mont préservant son patrimoine tout en améliorant l’expérience de visite des touristes, un Mont qui ne soit pas uniquement un site touristique mais aussi un épicentre culturel, environnemental, patrimonial et spirituel…
Mais, mais… Aymeric ne serait-il pas sans le savoir un Ami du Mont Saint-Michel ? Il le sera en tous les cas bientôt officiellement puisqu’il compte adhérer à notre association.