La chapelle Saint-Aubert en images et en textes
Les Amis du Mont, les Amis du Musée, l’atelier d’écriture de l’Université Inter-Age et le service culturel d’Avranches ont profité de la Nuit des Musées pour vivre ensemble un beau moment.
Le Scriptorial d’Avranches a en effet exposé deux gravures de notre fondateur, Henri Voisin, qui ont d’abord été commentées par Jeanne et Bérengère.

@ Thierry Nozieres
La première s’est intéressée au contraste entre le bas de la Merveille, pétri d’humanité avec par exemple du linge qui sèche, et le haut qui devient pure spiritualité, élan vers le ciel.

@ Thierry Nozieres

@ Thierry Nozieres
Bérengère Jehan a, quant à elle, rappelé l’origine légendaire de la chapelle et les difficultés de la dater avec précision. Elle a terminé en évoquant les reliques du Mont déposées là par les pères de Saint-Edme à la toute fin du XIXe siècle.

@ Thierry Nozieres
Les membres de l’atelier d’écriture qu’anime Danièle Chastres depuis de nombreuses années ont alors pris le relais et ont régalé la cinquantaine de personnes présente par des textes tous inspirés de la gravure d’Henri Voisin. Comme le petit échantillon proposé ci-dessous vous le montrera la diversité était au rendez-vous.
« Par quel hasard me trouvé-je dans l’immensité de cette grève entourant le Mont Saint-Michel ? Je ne saurai le dire. Je marche difficilement, chacun de mes pas aspiré par ces sables qu’on dit mouvants, comme des sangsues qui voudraient m’attirer vers les profondeurs.
Et cette mer qui monte inexorablement, sans bruit, de façon continue, n’ayant qu’un but : m’engloutir.
Que faire ? Le Mont a presque totalement disparu dans une brume opaque qui ne laisse voir que son assise dans la tangue. Je me dirige pourtant, avec beaucoup d’efforts, vers ces rochers découpés, hostiles, qui, cependant, pourraient peut-être me sauver.
Je m’écorche les mains, les genoux, en gravissant, à bout de souffle, ces pierres noires qui m’éloignent du niveau de la mer. Je fais une halte et mon regard est attiré vers une construction à quelques mètres au-dessus de moi dont le toit est surmonté d’une statue. Elle semble me dire : « Encore un effort, je suis là, je t’attends. »
Je contourne cet édifice pour trouver l’entrée située à l’abri du vent et pénètre enfin dans la chapelle où je suis en sécurité.
Saint Aubert, merci. » Geneviève

Un héritage…
Qui pourrait dire…
De quelle couleur étaient les yeux qui scrutaient l’horizon
Pour, se redressant, se délasser d’une journée bien rythmée ?
Qui pourrait dire…
Combien se sont courbés pour creuser, profondes, les fondations
Avant de sceller les premières pierres sur les pavés ?
Qui pourrait dire…
Quelles mains ont attaqué la roche à l’unisson
Pour façonner les lauzes, sur le toit, à jamais déposées ?
Qui pourrait dire…
Hommes, femmes, filles, ou garçons
Si tous ceux qui œuvraient… avaient de quoi manger ?
Qui pourrait dire…
Si le labeur fini, chacun rentrait au chaud, dans une maison ?
Si leur journée achevée, une autre devait commencer ?
Qui pourrait dire…
Combien d’années se sont écoulées pour tous les maçons,
Les tailleurs de pierres, les forgerons et les menuisiers
Pour qu’on puisse voir enfin cette « simple chapelle » édifiée ?
Personne ne saura jamais les drames, les joies, les festivités,
Les beuveries, les disputes, les nuits d’amour aux ciels d’été,
Personne ne saura dire d’où venait exactement
chaque corps de métier,
Jeunes, vieux, sans âge, par la rudesse de la vie, usés
Personne de ce temps-là n’est plus, mais ils nous ont légué,
Par leur savoir-faire, leur persévérance, leur nécessité,
Ce qui, depuis des années, perdure, pour de tous être admirée
Comme la Merveille, cette modeste construction :
Une Chapelle, faisant partie intégrante du Mont. Mona

@ Patrick Bailleul
Je veille. Le jour comme la nuit, toujours je veille,
Petite chapelle branlante, vigile de la Merveille.
Qu’elle soit grise et brumeuse, qu’elle miroite au soleil,
Je contemple la baie, j’admire, et je surveille.
Sentinelle anonyme, je demeure fascinée,
Par cette immensité que rythment les marées.
Par les couleurs du sable : du jaune-gris au violet,
Et par les ciels changeants, liquides ou tourmentés.
Le monde entier accourt : les remparts, l’abbatiale
Drainent des foules distraites : selfies, glaces, cartes postales.
Qu’est devenue la foi ? Pour le Vainqueur du mal,
Une église au mont Tombe, par Aubert, fut bâtie.
Nous lui devons merci. Mais au gré des marées
Sa chapelle dépérit : qui veillera désormais ?
Sa vigie disparue, qui gardera la baie ?
Odette

« J’avance vers la chapelle et je m’arrête. Bien que ce soit la première fois que je la vois, je la reconnais.
Tout a commencé il y a plusieurs mois. Avec un rêve de ce lieu, que je n’avais jamais vu. D’abord de temps en temps, puis de plus en plus souvent. Des images, puis des sons et des voix me disant : Viens vers nous, rejoins-nous, on t’attend. Je fis ce rêve pendant deux semaines, toujours le même. Je commençais à me dire que mon cerveau me jouait des tours. Puis une nuit, je ne fis pas le même rêve. Je vis un homme avec une toge blanche presque rouge, recouverte de sang. Il me regardait d’une ruelle sombre. Seuls ses yeux étaient visibles. Ils étaient d’un bleu sombre.
Ce matin-là, je partis au travail comme d’habitude et sur le chemin mon sang se glaça. Il était là, avec une toge blanche, presque rouge, couverte de sang. Il me regardait. Nous étions dans la même ruelle sombre que celle de mon rêve. Je ne distinguais que ses yeux d’un bleu profond. Il plongea son regard dans le mien. J’étais paralysé par la peur. Il s’avança vers moi, posa sa main sur mon épaule, s’approcha de mon oreille et me murmura d’une voix grave : On t’attend.
Je clignai des yeux et il disparut. J’avais le cœur qui battait la chamade, de la sueur sur le front… Je tombai à genoux. Je m’épongeai le front puis je repartis.
Mes cauchemars reprirent mais à présent, l’homme se tenait devant la chapelle en répétant les mêmes mots : Viens vers nous, rejoins-nous, on t’attend.
Alors, je décide d’y aller, de découvrir ce qu’il s’y passe. Je commence par reproduire la chapelle de mon rêve en gravure puis je l’analyse. Il y a des rochers mouillés par endroits avec la mer en fond. Je conclus que la chapelle se trouve sur une côte. Je décide d’écrire tous les détails du rêve car je n’ai pas assez d’informations. L’homme parle sans aucun accent, il doit probablement être français et donc en France comme la chapelle. On n’entend que sa voix et le son de la mer. Le bas de la toge de l’homme est mouillé, sa respiration légèrement essoufflée, comme s’il venait de traverser la mer. La chapelle est probablement sur une île. Je pense instinctivement au Mont Saint-Michel. Reste à savoir si j’ai de la chance…
Je n’habite pas très loin du Mont alors je me prépare. Une lampe torche, une trousse de secours, de l’eau et une barre en métal. Je prends ma voiture et je pars en direction du Mont Saint-Michel. Arrivé, je gare ma voiture et je décide de faire le tour du Mont. J’avance vers la chapelle et je m’arrête. Bien que ce soit la première fois que je la vois, je la reconnais. Elle est bien là. J’escalade les rochers. En haut, je m’aperçois que l’homme à la toge me regarde. Il me dit : Te voilà enfin ! Je prends ma barre en métal et je lui demande : Qui êtes-vous ? Il ne me répond pas et je ressens une vive douleur derrière la tête. Je m’évanouis.
Je me réveille allongé sur un autel sacrificiel. Mes bras et mes jambes sont attachés. Je regarde autour de moi, ils sont vingt. Tous avec la même toge. L’homme se différencie par sa taille et le rouge sur sa toge. Il lève son bras au-dessus de moi, un poignard dans la main. Il me dit : Tu es le dernier sacrifice.
Sa main s’abat sur moi et je ferme les yeux. Finalement, je n’aurai pas découvert la vérité. »
Grégoire

Terminons avec la proposition de Jason, un poème visuel. Repèrerez-vous l’astuce ?
Le Mont Saint-Michel
Enchantement !
M comme Montagne !
Oh ! Tout se perd aujourd’hui entre le noir et le gris
Nuages sombres ou blancs
Tout m’effraie
Soleil disparu
Ah ! Quelle tristesse !
Il fait nuit
Ne t’y aventure pas
Tu pourrais faire une chute
Mais la curiosité l’emporte
Il ne faut pas reculer
Chapelle tu nous attires
Haute et proche du ciel
Elle est impressionnante
Là-haut, elle domine le paysage !
