24 sur 24, le 18 et le 88
Le Mont Saint-Michel, 2 793 985 visiteurs en 2025 et donc, fatalement, surtout l’été, quand il fait chaud, quand les touristes sont serrés les uns contre les autres, des malaises, des insolations, des crises d’angoisse. Le Mont Saint-Michel, une baie à couper le souffle et donc, fatalement, des curieux qui s’aventurent où ils ne devraient pas et se retrouvent soudain entourés d’eau, coincés sur l’île des Moustiques ou perdus dans un brouillard à couper à la machette. Heureusement, il y a le 18, le Centre d’Incendie et de Secours Pontorson-le-Mont-Saint-Michel. Heureusement, il y a le Capitaine Cloé Bertin et toute son équipe.

Le Captiaine Cloé Bertin
17 professionnels, 35 volontaires prêts à agir, tout le temps, partout, qu’il vente ou qu’il pleuve, que le soleil tape ou que la neige tombe, que le Mont soit vide ou bondé à craquer. En moyenne et haute saisons, leur rang gonfle. Les rejoignent, 25 sapeurs-pompiers volontaires. Dans 80-90% des cas, ils interviennent pour des secours à la personne : évanouissements, plaies, entorses, coups de chaleur, têtes en l’air qui testent la solidité de leur crâne contre les marches du Grand Degré… Une vingtaine de fois par an, ils sont amenés à sortir leurs véhicules-amphibies, de sacrés engins qui peuvent rouler jusqu’à ce que l’eau atteigne les moyeux des roues et qui ensuite se mettent à flotter comme des petits bateaux.

Le VATT (Véhicule Amphibie Tout-Terrain)

Le VCA (Véhicule Chenillé Amphibie)
Quid des 10-20% de cas qui restent ? La variété est au rendez-vous : quelques départs de feu émanant de friteuses ou de radiateurs électriques, des frelons asiatiques qui se croient tout permis, des petits goélands qui tombent de leur nid voire des bébés phoques qui s’échouent loin de leur mère. Il faut alors sécuriser le périmètre et faire venir une association adéquate qui les prendra en charge.
Une grande part du travail de Cloé est aussi la prévention. Dès qu’une grande marée s’annonce, quatre pompiers sont sur le pied de guerre et les véhicules-amphibies prêts à faire ronfler leur moteur. Du matériel est prépositionné aussi bien dans le village du Mont qu’au niveau de l’abbaye. Ces deux endroits sont également équipés d’une infirmerie.
Une belle collaboration avec la Sous-Préfecture et l’Etablissement Public a été la source d’importantes améliorations. Une des difficultés rencontrées par le passé était des déclenchements intempestifs. Des poussières sur une tête d’incendie, une fumée froide utilisée, par exemple, lors d’un film ayant lieu sur le site, et, aussitôt, toutes les alarmes se mettaient à sonner. Les pompiers sautaient dans leurs véhicules, fonçaient sur la passerelle, grimpaient au pas de course les 350 marches qui mènent à l’abbaye et… découvraient qu’ils avaient mobilisé leurs forces pour rien. Depuis, le dispositif de sécurité incendie s’est structuré autour d’agents professionnels formés au SSIAP (Service de Sécurité Incendie et d’Assistance aux Personnes). L’équipe SSIAP de l’abbaye a été renforcée et celle du village, récemment créée, est désormais en place.

Exercice « nombreuses victimes », scénario chute d’échafaudage dans la grande rue, réalisé le 30/03/2023.
Depuis leur PC (poste de contrôle) sécurité, ces agents assurent la surveillance et la supervision des sites, réalisent les levées de doute lorsque nécessaire et contribuent à une intervention plus efficace grâce à un diagnostic rapide et professionnel. Un canal VHF dédié au Mont, le canal 88, a aussi été instauré. Tous les guides de la Baie en sont équipés, ce qui veut dire que, grâce à eux, le site est en quelque sorte couvert de vigies compétentes qui, au moindre problème, alertent le Centre de Traitement de l’Alerte (CTA-CODIS du SDIS 50) ou le CROSS Jobourg. A long terme, un troisième outil pourrait compléter la panoplie : des caméras avec intelligence artificielle installées au Mont et braquées vers la Baie. Elles devraient être capables de signaler tout comportement inhabituel : des bras qu’on agite, un arrêt prolongé dans un endroit problématique, un individu qui soudain s’affaisse, etc. Gain de temps qui pourrait bien dans certains cas être synonyme de gain de vie.

Rassemblement pour le passage de consignes (millénaire du MSM 23/06/2023) devant le centre de secours du Mont.
Vous l’avez compris, être capitaine d’un tel lieu n’est pas rien et demande des qualités tant professionnelles qu’humaines qui ne sont pas données à tout le monde. Le parcours de Cloé Bertin en est une belle illustration. Dès l’adolescence, elle est pompier volontaire à Ouistreham. Après un Master en Gestion des Risques à Angers, elle passe le concours externe national à la fonction publique territoriale pour devenir lieutenant première classe. Les épreuves dudit concours donnent une bonne idée de la variété des compétences nécessaires pour assumer sa tâche : une note de synthèse, un QCM culture administrative (Sécurité civile, Finance Publique, etc.), des épreuves sportives dignes d’un champion de décathlon (natation, endurance, gainages, tractions, souplesse) et pour terminer un oral. Elle a eu droit à la question : « L’Union européenne est-elle trop grande ? » Formalité pour Cloé, qui, peu après, se retrouve à Avranches en tant que préventionniste. Outre la vérification de moult permis de construire, elle a visité, dans le cadre des commissions de sécurité, des dizaines d’hôtels, écoles, ehpad, hôpitaux et internats du secteur.
Puis, un petit tour, au pays de Cézanne, à l’ombre de la Montagne Sainte-Victoire : Aix-en-Provence. Pas pour la mer, pas pour la plage mais pour l’Ecole Nationale Supérieure des Officiers de Sapeurs-Pompiers, avec en prime, le 14 juillet 2018, une participation au défilé sur les Champs-Elysées, la veille d’une certaine coupe du Monde. Une sacrée ambiance ! 2023, une note d’analyse sur la résilience et un QROC (Question à Réponse Ouverte Courte) à croquer en une heure trente : « Le défenseur des droits », « Quels sont les liens entre le Cos et le Dos » ? Et évidemment, comme d’habitude, Cloé réussit et devient, alors qu’elle n’a pas encore trente ans, une des plus jeunes capitaines de France.
Les moments qui vous ont le plus marquée dans votre carrière ? Pas besoin d’attendre longtemps la réponse. Le décès d’un collègue, en août 2024, à Pleine-Fougères, Loïc Lenoir, plus de trente ans de carrière, reconnu par tous. Un week-end, alors qu’il n’était même pas de service, il aperçoit une vieille femme en difficulté sur la voie de chemin-de-fer. Sans hésiter une seconde, il se précipite pour l’aider et se fait happer par un train qui surgit. Pompier jusqu’à la dernière minute. Pompier tout le temps, partout. Ce fut à Cloé d’annoncer à tous ses collègues la triste nouvelle. Ce fut à Cloé d’organiser l’hommage national qui eut lieu une semaine plus tard en présence d’un certain Gérald Darmanin.


Heureusement, le métier n’est pas fait que de tels moments. Un autre temps fort de la carrière de Cloé est une intervention à la Haye-Pesnel. Un enfant qui n’a pas encore dix ans tombe dans une mare et perd conscience. Evidemment, accès difficile. Vite, vite, il faut trouver une solution. S’adapter, toujours s’adapter. Faire en quelque sorte preuve de créativité. L’enfant est extirpé, ranimé, sauvé. Un mois plus tard, il passe au Centre de Secours pour remercier toute l’équipe. De tels moments rachètent toutes les galères du métier, toutes les horreurs vues.
Mais que fait Cloé quand elle enlève son uniforme et a enfin le droit de décrocher quelques jours ? Elle prend son sac à dos et part marcher : le GR20 en Corse, un trek de sept jours autour du Mont-Blanc. Cloé aime les beaux paysages, la nature… En espérant que cela lui donne envie de rester le plus longtemps possible au Mont Saint-Michel !
Au nom de tous les Amis du Mont Saint-Michel, merci Capitaine, merci Cloé, merci à toute l’équipe du Centre d’Incendie et de Secours pour tout ce que vous faites tous les jours.